Le 24 février 2025, Chegg Inc. a intenté une action en justice contre Google LLC devant le tribunal fédéral du district nord de Californie, alléguant des violations du Sherman Act et du Clayton Act. Cette affaire, Chegg Inc. v. Google LLC (Dossier n° 25-CV-1234), soulève des questions juridiques complexes à l’intersection du droit de la concurrence, de la propriété intellectuelle et des technologies émergentes de l’intelligence artificielle (IA).

Fondements juridiques et allégations principales

La plainte de Chegg contre Google s’articule autour de 3 axes principaux :

  1. Violation de la Section 2 du Sherman Act : Chegg allègue que Google a abusé de sa position dominante sur le marché des moteurs de recherche en ligne pour maintenir illégalement son monopole. L’entreprise affirme que l’introduction des « AI Overviews » de Google constitue une pratique d’éviction anticoncurrentielle, conçue pour exclure les concurrents spécialisés comme Chegg du marché de l’information éducative en ligne.
  2. Violation de la Section 1 du Sherman Act : Chegg accuse Google de se livrer à des pratiques de « dealing » réciproque illégales, en conditionnant l’accès au référencement dans son moteur de recherche à la fourniture de contenu pour ses AI Overviews. Cette allégation soulève des questions juridiques complexes sur la nature des accords entre Google et les éditeurs de contenu, et sur la définition du marché pertinent dans l’écosystème numérique.
  3. Enrichissement sans cause : Bien que cette allégation relève du droit des États, elle soulève des questions importantes sur la propriété intellectuelle et l’utilisation équitable (« fair use ») dans le contexte de l’IA générative. Chegg argue que l’utilisation par Google de son contenu pour générer des résumés IA constitue une appropriation illicite de sa propriété intellectuelle.

Analyse des implications juridiques potentielles

Ce litige pourrait avoir des répercussions significatives sur plusieurs domaines du droit :

Le Droit de la concurrence : L’affaire pourrait redéfinir la notion de « conduite d’exclusion » dans le contexte des plateformes numériques et de l’IA. Les tribunaux devront déterminer si l’utilisation de l’IA par Google pour générer des résumés constitue une innovation pro-concurrentielle ou une pratique anticoncurrentielle. Cette décision pourrait influencer l’application future des lois antitrust aux géants de la technologie.

La Propriété intellectuelle : Le procès soulève des questions cruciales sur l’application de la doctrine du « fair use » à l’IA générative. Les tribunaux devront examiner si l’utilisation par Google du contenu de Chegg pour former ses modèles d’IA et générer des résumés constitue une utilisation équitable ou une violation du droit d’auteur. Cette décision pourrait avoir des implications majeures pour l’industrie de l’IA et les créateurs de contenu.

La Réglementation de l’IA : L’issue de cette affaire pourrait influencer la future réglementation de l’IA, en particulier concernant la transparence des algorithmes et la responsabilité des entreprises technologiques dans l’utilisation de l’IA pour générer du contenu.

Défense potentielle de Google contre Chegg et enjeux probatoires

Google pourrait invoquer plusieurs arguments de défense : l’Amélioration pro-concurrentielle : Google pourrait arguer que ses AI Overviews, présents dans la SGE Search Generative Experience, constituent une innovation pro-concurrentielle qui améliore l’expérience utilisateur et génère du trafic vers les sites des éditeurs. l’Absence d’obligation de contracter : Google pourrait soutenir qu’il n’a aucune obligation légale de fournir un accès à son moteur de recherche ou de promouvoir le contenu de tiers. Le Fair use : Google pourrait invoquer la doctrine du fair use pour justifier l’utilisation du contenu de Chegg dans ses résumés IA, en arguant que cette utilisation est transformative et n’affecte pas substantiellement le marché de l’œuvre originale.

Sur le plan probatoire, Chegg devra démontrer l’existence d’un lien de causalité entre les pratiques de Google et la baisse alléguée de son trafic et de ses revenus. Cela nécessitera probablement une analyse économétrique complexe et des témoignages d’experts en économie numérique et en science des données. L’affaire Chegg v. Google représente un test juridique crucial pour l’application du droit de la concurrence et de la propriété intellectuelle à l’ère de l’IA. Son issue pourrait avoir des répercussions profondes sur l’avenir de l’industrie technologique et sur la manière dont le droit s’adapte aux défis posés par les technologies émergentes.